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THIRD EAR BAND – Songs from the Hydrogen Jukebox (Blueprint)Il faudra un jour qu’on vous fasse la totale sur ce groupe bien trop méconnu que fut le THIRD EAR BAND. Dirigé par le curieux percussionniste Glen SWEENEY, il inaugura à la fin des années 60 un savant mélange sonore qui reste encore aujourd’hui d’actualité. Le titre de son premier LP, Alchemy (1969), rend assez compte de ce dont il s’agit : une mixture cabalistique aux émanations de musique médiévalisante, de musique modale évoquant les ragas indiens et de rythmes universels hypnotiques. Violon, violoncelle, hautbois et percussions entrelaçaient ainsi leurs couleurs afin de capter les vibrations interagissantes entre les éléments naturels et terrestres. Reformé en 1988, le THIRD EAR BAND réactualisa ses propos par le biais de la technologie MIDI alors que la présence de Lyn DOBSON (sax, flûte) donnait une forte teinte jazzy aux " ragas free " du combo. Après trois albums parus sur le label italien Materiali Sonori, le groupe disparut de nouveau, mais sa flamme fut entretenue par le label Voiceprint, qui exhuma sessions studio et enregistrements live inédits. L’an dernier, Blueprint fît paraître un album, Magic Music, qui, étrangement, n’était pas la réédition du disque du même nom sorti en 1991, mais qui comprenait des morceaux inédits (et somptueux). Depuis lors, une ambiguité subsiste quant à la politique d’édition de Voiceprint-Blueprint au sujet de THIRD EAR BAND. Songs from the Hydrogen Jukebox en est une preuve accablante puisqu’il contient en fait des enregistrements de l’autre groupe dont Glen SWEENEY avait fait partie avant de monter THIRD EAR BAND : THE HYDROGEN JUKEBOX, dont le nom est tiré d’un poème d’Allen GINSBERG. Musicalement, cela n’avait que très peu à voir avec le THIRD EAR BAND puisque la tendance était plutôt au pop-rock psychédélique, entre PRETTY THINGS et PINK FLOYD. Glen SWEENEY reforma ce groupe en 1972, après le split de THIRD EAR BAND, pour enregistrer un album qui parut en … 1991 chez Materiali Sonori, sous le titre Prophecies ! C’est en fait cet album que Blueprint a réédité, mais en le créditant à THIRD EAR BAND et en l’amputant de deux morceaux ! A la place, " on " a fait figurer trois morceaux du THIRD EAR BAND des 90’s, dont un est extrait du premier Magic Music (Behind the Pyramids) et les deux autres (Dances with Dolphins et Water into Wine) du CD Brain Waves. C’est dire si la cohérence n’est pas franchement la qualité première de cette compilation déguisée et douteuse. On ne voit pas trop à qui la conseiller, si ce n’est aux amateurs fervents des aventures musicales de Glen SWEENEY qui ne possèdent pas encore ces enregistrements. S.F.
THIRD EAR BAND – Abelard & Heloïse (Blueprint) – MacBeth (Blueprint)Pour le plus grand bonheur des oreilles avides d’étrangetés musicales (et des miennes en particulier), Blueprint exhume plus ou moins régulièrement des enregistrements, connus ou inédits, de cette mystérieuse confrérie qu’est le THIRD EAR BAND, le plus souvent avec une grande confusion. Entre rééditions qui cachent leur nom, bandes inconnues grimées en rééditions et archives live non datées, bien malin qui peut s’y retrouver, le peu d’informations qui accompagnent ces parutions étant de fait sujettes à caution. Et ça continue avec ce Abelard & Heloïse, sorti tout droit – on ne sait comment – de la première époque du groupe. Il s’agirait, d’après ce qu’on nous a dit, d’une œuvre enregistrée pour un film de FUCHS du même nom, à la demande de la télévision allemande… Alors là, chapeau, car on n’en avait jamais entendu parler ! Cet album entièrement inédit vient donc bousculer la chronologie de l’imparable triptyque composé de Alchemy (1969), Air, Earth, Fire, Water (1970) et MacBeth (1971) puisqu’il date de 1970. La formation de Abelard & Heloïse est du reste celle du deuxième album : Glenn SWEENEY aux percussions, Paul MINNS au hautbois, Richard COFF au violon et Ursula SMITH au violoncelle. Et mis à part le fait que les six morceaux qui forment le disque ne portent pas de titres, il n’y a pas lieu de craindre d’avoir été trompé par la marchandise. Le cadre médiéval de cette tragédie amoureuse entre le philosophe français Pierre ABELARD & Heloïse, la nièce du chanoine FULBERT, était assez propice à inspirer le THIRD EAR BAND, qui continue de pratiquer sur cet album une envoûtante musique de chambre aux forts accents de rituel occulte. MINNS, COFF et SMITH entrelacent toujours leurs sons rustiques au gré d’impulsions modales, mais il ne semble pas que le propos soit ici de faire danser l’âme humaine aux rythmes des éléments naturels. En matière de rythme, Glen SWEENEY ne paraît pas s’impliquer autant que dans les autres albums, quand il ne brille pas carrément par sa retenue. (On notera aussi que ses percussions sont sous-mixées.) Lui qui savait si bien hypnotiser avec ses cycles rythmiques répétitifs aux consonances orientales se fait plus discret sur ce disque. Abelard & Heloïse privilégie les séquences arythmiques d’où émanent une torpeur précieuse. Le sujet du film de FUCHS a manifestement incité le THIRD EAR BAND à se connecter aux mouvements vibratoires de la façade ténébreuse du Moyen-Age occiental… Et ce n’est pas avec MacBeth que la tendance allait s’inverser… Tiens, MacBeth, parlons-en puisque Blueprint vient aussi de le rééditer ! Son point commun avec Abelard & Heloïse est qu’il s’agit également d’une " musique de film ", en l’occurrence le MacBeth de Roman POLANSKI. Les membres du THIRD EAR BAND joue d’ailleurs dans le film, grimés en troubadours ambulants requis pour animer les orgies du roi MacBeth. On les voit notamment accompagner la ballade joliment perverse de Fleance (interprétée par le jeune comédien Keith CHEGWIN), qui, sur disque, fait fonction d’oasis angélique au sein d’un univers sonore souvent glauque et tourmenté. Des thèmes de danses médiévales y jouxtent des dissonances radicales, le tout préfigurant les ambiances austères d’un UNIVERS ZERO, en plus psychédélique. Pour cet album, le THIRD EAR BAND avait quelque peu changé de configuration : le noyau dur SWEENEY/MINNS était ainsi renforcé par une section plus électrique constituée de Simon HOUSE (violon et VCS3 ; ex-HIGH TIDE), Paul BUCKMASTE (violoncelle et basse) et Denim BRIDGES (guitares). Le groupe avait de plus troqué ses longues improvisations modales contre des piécettes autrement expérimentales, mais dont le format s’adaptait mieux au contexte " BO ". Toujours empreinte d’ésotérisme, la musique de THIRD EAR BAND, sur MacBeth, devenait cependant plus palpable, et son traitement électro-acoustique suggérait de nouvelles directions. Malheureusement, la carrière du groupe devait s’interrompre peu après… En tout cas, ces deux disques devraient copieusement alimenter les rêveries alchimistes de tout amateur de médiévalisme obscur. Il faut bien commencer par l’œuvre au noir… S.F.
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